L’époque où les marchés publics allaient systématiquement au soumissionnaire le moins cher est révolue. Les directives européennes et la loi belge font de l’offre économiquement la plus avantageuse (MEAT — Most Economically Advantageous Tender) la méthode standard. Le prix reste important, mais la qualité, la durabilité et les coûts totaux sur la durée de vie pèsent de plus en plus.
Les trois méthodes d’attribution
La loi du 17 juin 2016 prévoit trois variantes de l’offre économiquement la plus avantageuse :
Meilleur rapport qualité-prix (MRQP). L’offre est évaluée sur une combinaison de prix et de critères qualitatifs. Le pouvoir adjudicateur détermine le poids relatif de chaque critère. C’est la véritable attribution MEAT.
Prix le plus bas. Seul le prix compte. C’est autorisé, mais le pouvoir adjudicateur doit le justifier — la directive considère le MRQP comme option par défaut.
Coût le plus bas sur la base du rapport coût-efficacité. Le pouvoir adjudicateur évalue les coûts totaux, y compris les coûts du cycle de vie. Le prix est remplacé par une analyse de coûts plus large.
Coût du cycle de vie (CCV)
Le concept
Les coûts du cycle de vie englobent tous les coûts liés à un produit, service ou ouvrage pendant toute sa durée de vie — de l’acquisition à l’élimination.
La loi (article 81) décompose le CCV en :
- Coûts d’acquisition. Le prix d’achat ou le montant de la facture.
- Coûts d’utilisation. Consommation d’énergie, eau, entretien, réparations.
- Coûts de fin de vie. Démantèlement, recyclage, élimination.
- Coûts externes. Coûts environnementaux tels que les émissions de CO₂, à condition qu’ils puissent être valorisés monétairement et que la méthode de calcul soit objective et non discriminatoire.
Application
Le CCV est particulièrement utilisé pour :
- Bâtiments et infrastructures. Les coûts énergétiques sur 30 ans dépassent largement les coûts de construction.
- Véhicules. Consommation de carburant, entretien et valeur résiduelle déterminent le coût total de possession.
- Équipements informatiques. Consommation d’énergie, licences logicielles et cycles de remplacement pèsent dans la balance.
- Systèmes d’éclairage. LED versus éclairage conventionnel — acquisition plus élevée, coûts d’exploitation plus bas.
La Commission européenne a développé des outils CCV pour plusieurs groupes de produits utilisables comme modèle de calcul par les pouvoirs adjudicateurs.
Critères de qualité dans le MEAT
Critères typiques
Outre le prix ou le CCV, le pouvoir adjudicateur applique des critères d’attribution qualitatifs. Les plus courants :
- Qualité technique. Qualité de la solution proposée, des matériaux ou de la méthodologie.
- Plan de projet et planning. Faisabilité du calendrier, gestion des risques, jalons.
- Expérience de l’équipe. Qualifications et disponibilité du personnel clé.
- Durabilité. Réduction de CO₂, approche circulaire, valeur ajoutée sociale.
- Prestation de service. Temps de réaction, disponibilité, conditions de garantie.
- Innovation. Mesure dans laquelle l’offre propose des solutions innovantes.
Pondération
Le pouvoir adjudicateur doit mentionner le poids relatif de chaque critère dans le cahier des charges — en pourcentage, sous forme de fourchette, ou par ordre d’importance décroissant. Un cahier des charges qui ne mentionne pas la pondération viole le principe de transparence.
Modèles de pondération courants :
- Prix 40 % / Qualité 60 % — la répartition classique pour les marchés dominés par la qualité.
- Prix 60 % / Qualité 40 % — plus orienté prix, mais avec une marge de différenciation qualitative.
- Prix 30 % / Qualité technique 30 % / Durabilité 20 % / Planning 20 % — critères multiples.
Méthodes de notation
Évaluation relative
Dans l’évaluation relative, le prix de chaque soumissionnaire est comparé au prix le plus bas. L’offre la moins chère reçoit le nombre maximal de points ; les offres plus chères reçoivent moins de points proportionnellement à l’écart de prix.
Formule courante : Score = (prix le plus bas / prix offert) × nombre maximal de points.
Évaluation absolue
Dans l’évaluation absolue sur la qualité, les offres sont évaluées par rapport à une attente prédéfinie — et non les unes par rapport aux autres. Une offre qui satisfait à toutes les attentes reçoit le maximum, quel que soit ce que les autres proposent.
Prix régulier
Certains pouvoirs adjudicateurs utilisent une méthode de prix régulier : le score n’est pas linéaire mais présente un optimum autour de la médiane ou de l’estimation. Les offres trop chères comme trop bon marché perdent des points. Cela décourage les soumissions stratégiquement basses.
Stratégie gagnante en MEAT
Lisez la méthodologie de notation. Le cahier des charges décrit comment les points sont attribués. Étudiez la formule de prix et la grille d’évaluation qualitative avant de commencer à rédiger.
Optimisez sur les critères les plus lourds. Si la qualité pèse 60 %, investissez dans une excellente note technique — même si cela augmente légèrement le prix.
Soyez concret dans la note qualité. Les comités d’évaluation apprécient les engagements mesurables plus que les promesses vagues. Mentionnez des chiffres concrets, les noms des membres de l’équipe, les certificats et les projets de référence.
Calculez le trade-off. Déterminez combien de points de qualité supplémentaires vous devez obtenir pour compenser un écart de prix de X euros — ou inversement, combien moins cher vous devez être pour rattraper un déficit de qualité.
Utilisez le CCV comme arme. Si le cahier des charges applique le CCV, présentez un calcul détaillé démontrant que votre prix d’acquisition plus élevé est compensé par des coûts d’exploitation plus bas.